HuGo MoToR    Mes travaux dans l’espace culturel et social  HuGo MoToR Les traces pérennes au centre d’éducation fermé de Beauvais 2006 ©ADAGP  

HuGo MoToR Traces pérennes au centre d’éducation fermé de Beauvais 2006 ©ADAGP La réalisation


 

HuGo MoToR Traces pérennes au centre d’éducation fermé de Beauvais 2006 Intervention artistique en milieu carcéral pour mineurs. Dire quel est le pire du passé. Dessiner le meilleur du futur. Moulage de béton coloré dans la masse. 21cm x 29,7cm x 4cm © ADAGP

Journal de mes quatre interventions au Centre d’Éducation Fermé de Beauvais.

Jeudi 05 octobre 2006 de 12h à 16h.

Je rencontre les élèves pendant le déjeuner à la cantine du CEF. Aujourd’hui je ne prend pas de photos car je suis concentré sur l’essentiel. On commence notre séance de travail dans la bonne humeur. Sont présents : Georgia, Raphaël, Saïd, Yassine. Je leur explique ce que j’attends d’eux et le rôle qui est le mien. Craie à la main je dessine sur le tableau de la salle les formes des moules dans lesquels on coulera le béton. Avec le pistolet à colle-joint je trace des lignes serpententes en silicone sur un bout de papier pour montrer l’outil de la création et les différentes épaisseurs de traits possibles. En suite on passe à la partie philosophique de notre création. On parle du passé. Chacun des élèves doit me relater un évènement moche de son passé. Cela ne va pas sans difficulté. Qu’est ce qui est moche et qu’est ce qui ne l’est pas : "Le fait de s’être fait attraper par les "keufs" ? Ou les faits commises ?" Il y a un seul participant qui parle de sa vie perso. Sa mère est morte. Et ça c’est moche. Je leur demande alors de me dire le rêve qu’ils cultivent pour le futur et de le coucher avec un crayon noir sur du papier blanc. C’est quoi ton rêve ?

Yassine. Un petit commerce. Un centre commercial Halal. Faire du Rap.
Raphaël. Rouler en porche. Pleins de meufs.
Saïd. Habiter dans une ile.
Georgia. Habiter dans les Vosges. Les montagnes. Le bon air.

L’œuvre de chacun aura le format d’une feuille A4, mais une feuille A4 en béton de 4cm d’épaisseur. Chacun y va de son trait, ne sait pas quoi dessiner, reprend et moi je distribue des feuilles de papier à volonté, de vraies feuilles de dessin bien épaisses et les gribouillages fusent. Saïd dessine sa cité. Yassine aussi. Raphaël ne dessine pas, son regard se vide, il cherche sans savoir ce qu’il cherche. Georgia sait ce qu’elle veut, mais ne sait pas comment le dessiner. Je lui donne un petit coup de main en traçant sur mes feuilles diverses possibilités de représentations graphiques de sa maison au pied de la montagne ensoleillée. Elle finit par en adopter une, des représentations, la maison en contrebas de la montagne, à laquelle elle ajoute un magnifique soleil aux faisceaux ondulants puis elle appose une sorte de sceau des vosges, écrite en belles lettres et accompagné d’un sapin, sur la moitié droite du bas du dessin.

Mercredi 11 octobre 2006 de 15h à 17h30.

Toujours pas de photos. La concentration est à son comble. Aujourd’hui on reporte les dessins du 5 octobre sur le fonds des moules que nous a usiné Gervais Josse, le responsable des matériaux du centre. Ils sont magnifiquement bien fait ! Merci monsieur Gervais. Maintenant il s’agit pour chaque participant de transcrire son dessin à l’envers sur le dos de sa feuille pour le reporter ensuite à l’envers sur le fond du coffrage. Le papier carbone est alors le bienvenu et même si on ne trouve plus très facilement du papier carbone dans le commerce à cause de l’informatisation des bureaux, on a prévus le coup. On pose les feuilles de carbone sur la table avec le côté carbonisé vers nous, on dépose le dessin dessus puis on retrace ses lignes. Oh miracle ! Le dessin original c’est auto copié à l’envers sur son propre dos. Chacun déboulonne le coffrage en bois soigné qui sert de moule. Georgia est la première à poser son dessin sur le fond de son coffrage. Et maintenant ? Après toutes ces copies miroir le dessin de chaque participant est enfin gravé en bleu carbone et à l’envers sur la "feuille de bois de coffrage" qui sert de fond de moule. Il s’agit maintenant de prendre la pompe à silicone en pressant la poignée et en maitrisant l’avancée du cordon de silicone pour suivre les lignes de nos dessins. Ce n’est pas facile. On fait des essais sur une grande feuille de polyane posé sur la table. Heureusement on n’a qu’une seule pompe à silicone. Je suis au plus près de chaque participant pendant son essai. Saïd réclame mon aide : "Tu m’as mis en galère !" Mais non Saïd, je fini ce que j’ai commencé avec Georgia et après je viens. Il décide de patienter. A la fin de la séance il ne manque que la finition du dessin de Raphaël, qui a droit à mon aide comme les autres, mais qu’on finira la prochaine fois. Saïd, Yasside et Georgia ont l’air bien contents de leurs résultats. Les deux premiers se sont même précipités pour exhiber leur travail dans la salle de rassemblement en le brandissant. Moi je dit : "Faites attention, le silicone frais est passé facilement !" Tous m’aident à rassembler le matériel et on se donne rendez-vous jeudi prochain.

Vendredi 27 octobre 2006 de 15h à 18h30.

Je prend le train à la gare du nord à 13h22 et j’arrive à la gare de Beauvais à 14h42. Notre séance commence par la mise en place des tables dans le préau. On en passe deux par la grande fenêtre de la salle à manger et on les couvre d’une feuille de polyane. Cela chahute beaucoup aujourd’hui. Mais au fur et à mesure que nous avançons dans la préparation du béton, le calme revient. Chacun pèse ses granulats. La mignonnette et le sable sont trempés

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Georgia mélange le béton coloré.
photo hugo motor

d’eau et même si habituellement le béton est mieux maitrisé avec des ingrédients secs, on fait avec, comme ce serait le cas sur un chantier de construction pour des éléments coulés, in situ, sur le site. 1500gr de mignonnette, 1050gr de sable de seine, 526gr de ciment super blanc, 190gr d’eau. Avec une truelle il faut maintenant bien mélanger ce béton blanc jusqu’à obtenir une consistance souple. Chacun prépare deux auges de béton et choisit deux couleurs pour les teindre. Le nuancier de 12 teintes est visible dans le fond des deux photos ci-dessous. 18gr de colorant sont nécessaire par auge. 6gr de bleu plus 12gr de jaune font 18gr de vert clair, par exemple. C’est seulement maintenant que nous cherchons les éléments des moules réalisés la dernière fois. Il faut bien-sûr boulonner les planches et les tasseaux pour les assembler. On coupe les bouts de silicone qui dépassent légèrement le cadre du dessin. Raphaël doit malheureusement attendre la prochaine séance pour finir le sien. Il a quand-même déjà préparé le mélange sable et mignonnette dans ses deux auges. Ce qui est fait n’est plus à faire.

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Saïd ferme son moule.
photo hugo motor
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Yassine au déboulonnage.
photo hugo motor

Maintenant que tous les trois ont finit le montage des moules et préparés le béton, je les guide dans la réalisation de leur ouvrage d’art. Le démoulage aura lieu à la prochaine séance et sera moins éprouvant. Quoi que, ce n’est pas le démoulage qui me fait peur mais le nettoyage des moules, qui devra impérativement être fait pour que le prochain groupe se trouve avec le même matériel propre que Saïd, Georgia et Yassine au début de leur contribution à cette œuvre heuristique évolutive. A 20h10 je repars en train pour arriver à la gare du nord à 21h15 et chez moi à dix heure moins le quart.

Vendredi 10 novembre 2006 de 14h à 16h00.

Enfin le démoulage !

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L’oeuvre de saïd avant le demoulage.
photo hugo motor

J’arrive au CEF affamé. Les animateurs font le point avec les pensionnaires sur la distribution des tâches ménagères à accomplir avant ce vendredi soir. Cela me procure le temps nécessaire pour préparer un quart de sandwich au fromage. Adeline, une des élèves, veut me préparer le café. Chiche... Aujourd’hui il y a effervescence de personnalités, la direction départementale de la police judiciaire juvénile, la gendarmerie, etc. pour une réunion dans la salle que je convoitai pour notre séance de démoulage. Donc nous nous installons dans le réfectoire. On déplies une fine bâche de polyuréthane sur la table centrale et on va chercher nos ouvrages à démouler. Il nous faut un marteau pour aider un peu le déboulonnage de nos cadres. Le résultat est stupéfiant de sincère vérité. Georgia n’est pas contente, ses traits sont moins réguliers que ceux des garçons. Mais je ne suis pas d’accord avec elle. Le charme de son tableaux est dû aussi à l’irrégularité de son trait. HuGo MoToR 2006

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saïd
photo hugo motor
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georgia
photo hugo motor
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yassine
photo hugo motor
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elodie
photo hugo motor
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yoann
photo hugo motor
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adeline
photo hugo motor
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alexis
photo hugo motor

PS : Je ne saurais être tenu pour responsable si le béton formulé ci-dessus ne réagit pas comme prévu car le coup de main et le process de sa mise en œuvre sont délicats.
Si vous êtes le ou la responsable d’une structure éducative qui s’occupe de mineurs en milieux carcéral, et si vous êtes intéressé de réaliser cette méthode artistique dans votre établissement, écrivez moi par le lien "contacter Hugo Motor" en bas de la page d’accueil du site.


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